Le denim brut, et cinq façons de ne pas le porter en uniforme
Le jean rigide, non délavé, s'est réinstallé au centre du vestiaire. Il demande quelques précautions pour ne pas ressembler à tout le monde.
Le jean brut, c'est-à-dire non délavé, non poncé, non adouci, était il y a dix ans une affaire d'amateurs qui comptaient les mois avant le premier lavage. Il est aujourd'hui en rayon partout, y compris dans les enseignes de grande diffusion. Deux raisons à cela : il coûte moins cher à produire qu'un jean délavé : le délavage représente une part significative du prix et l'essentiel de l'impact eau, et il vieillit d'une manière que personne ne peut copier industriellement.
Ce que « brut » veut dire concrètement
Une toile brute sort du métier teinte à l'indigo et n'a subi aucun traitement d'assouplissement. Elle est raide, foncée, presque noire à l'œil, et elle déteint : sur les mains, sur les sacs clairs, sur les sièges. Elle se détend d'une demi-taille dans les premières semaines, puis se stabilise. Au bout de six mois à un an, elle a créé ses propres marques d'usure aux endroits où le corps plie.
C'est cette usure personnelle qui fait tout l'intérêt de la pièce. Un jean délavé en usine porte les marques d'un corps qui n'est pas le vôtre.
Le piège de l'uniforme
Le problème du denim brut, c'est qu'il est très codé. Coupe droite, revers, chemise blanche, mocassin : la silhouette est irréprochable et parfaitement interchangeable. Voici cinq façons de la déplacer, par ordre croissant d'audace.
- Casser le poids. La toile brute est lourde et mate. Lui associer une matière fluide et brillante : chemisier de soie, top en satin, maille fine : fait immédiatement sortir la tenue du registre workwear.
- Monter la taille, raccourcir le haut. Un jean taille haute avec un haut qui s'arrête à la ceinture recentre la silhouette. C'est la modification la plus simple et la plus efficace.
- Changer de chaussure. Sortir du duo basket-mocassin : une botte fine à petit talon sous un jean droit allonge la jambe et habille l'ensemble sans effort visible.
- Ajouter une pièce construite. Une veste à épaule marquée, un manteau de laine à revers larges : le contraste entre la rigueur du haut et la nonchalance du bas fonctionne toujours mieux que l'inverse.
- Le total denim, mais sur deux nuances. Longtemps proscrit, il tient parfaitement à condition que le haut et le bas ne soient pas de la même teinte. Deux bruts identiques donnent une combinaison ; deux bruts d'intensité différente donnent une silhouette.
Un jean délavé en usine porte les marques d'un corps qui n'est pas le vôtre
L'entretien, en trois lignes
Les recommandations extrêmes : ne jamais laver, congeler le jean : relèvent du folklore et n'ont aucun fondement. Ce qui marche : attendre deux à trois mois avant le premier lavage pour laisser les marques se former, laver à l'envers, à trente degrés, sans adoucissant, et sécher à plat loin d'une source de chaleur. Ensuite, tous les dix à quinze ports. Un jean brut correctement traité tient cinq à dix ans, ce qui, rapporté au prix, en fait la pièce la moins chère du vestiaire.
Où le trouver
La France a conservé quelques ateliers de confection de jean, et plusieurs marques indépendantes travaillent des toiles japonaises ou italiennes tissées sur métiers étroits. Le prix commence autour de cent trente euros et grimpe vite. À l'autre bout, plusieurs grandes enseignes proposent désormais des toiles brutes non stretch entre quarante et soixante euros : la toile est moins dense, elle vieillira moins joliment, mais le principe fonctionne. Le critère à vérifier tient en une ligne sur l'étiquette : cent pour cent coton. Un pour cent d'élasthanne suffit à empêcher le jean de faire ce pour quoi on l'achète.
Crédits
- Texte
- Émilie Laurens
- Visuel
- Illustration E.mistyle